Bien que l’accès à Internet chez les personnes de plus de 60 ans ait fortement progressé, l’âge, et plus particulièrement après 70 ans, demeure un facteur essentiel de l’exclusion numérique. En effet, plus d’un quart des plus de 60 ans, et près de 60 % des plus de 85 ans, n’utilisent jamais Internet selon une étude publiée récemment par l’association « Les Petits Frères des Pauvres ». Cet éloignement s’explique par le sentiment d’inconnu, beaucoup de séniors ne percevant pas l’utilité d’Internet et étant en plus freinés par la peur et par un décalage générationnel et culturel, le numérique n’ayant pas été un outil de travail courant avant les années 2000. S’ajoutent à cela le faible équipement en nouvelles technologies dans certaines zones rurales et les difficultés liées aux handicaps (visuel, moteur, etc.) qui touchent davantage les personnes âgées et nécessitent une adaptation des outils.
La fracture numérique touche une partie significative de la population
La transformation numérique de la société, bien qu’elle ait facilité l’existence d’une partie de la population, est également devenue une source d’exclusion pour d’autres. Les données révèlent qu’environ 1/3 des Français seraient en situation d’éloignement numérique (rapport de 2023), éprouvant des difficultés en matière d’accès à la connexion et aux outils, de compétences d’utilisation et de capacité à en tirer un bénéfice effectif. L’intégration croissante du numérique, notamment par la dématérialisation des services de l’État, a rendu son usage indispensable pour exercer certains droits et entretenir des liens sociaux. Cette évolution renforce les inégalités existantes et en crée de nouvelles, touchant particulièrement les populations les plus vulnérables. Il est important de noter que près d’un tiers des personnes interrogées a renoncé à au moins une démarche en ligne au cours de l’année, cette difficulté étant plus marquée chez les individus les plus modestes et, spécifiquement, chez les personnes âgées.
L’accompagnement sur le terrain : une réponse essentielle
Pour contrer cette fracture numérique, une démarche d’inclusion repose d’abord sur l’identification des personnes exclues, surtout celles qui n’ont pas d’aide familiale. Des actions de sensibilisation sont menées pour démontrer l’utilité du numérique dans la préservation de l’autonomie et la simplification du quotidien des séniors. Des organismes tels que les Centres Locaux d’Informations et de Coordination (CLIC) jouent un rôle clé en organisant des ateliers d’information, d’orientation et d’accompagnement. Parallèlement, de nombreuses structures proposent des formations structurées, comme par exemple la Croix-Rouge française, en déployant des initiatives d’inclusion numérique. Ces séances se concentrent généralement sur l’apprentissage de l’équipement informatique de base, puis sur la réalisation des démarches administratives en ligne et l’acquisition de bonnes pratiques.
Ces actions visent à sensibiliser et à accompagner les populations éloignées, en partant du principe que le contact humain reste l’approche la plus efficace pour lutter contre l’exclusion.. L’objectif est de désacraliser l’outil numérique et de lever les craintes en matière d’erreurs ou d’arnaques. Des méthodes concrètes et ludiques sont employées : par exemple, des tournois de jeux vidéo comme le Wii bowling sont organisés en partenariat avec des associations pour les personnes âgées, stimulant ainsi leur curiosité et favorisant le lien social, tout en les initiant à l’utilisation d’outils numériques comme la messagerie instantanée pour communiquer avec leur famille.
L’impact positif de l’inclusion numérique
L’urgence d’une prise en charge des personnes en précarité numérique est avérée, d’autant que l’exclusion numérique est souvent difficile à identifier en raison de la honte sociale qui l’entoure. En un an, les conseillers numériques de la Croix-Rouge ont réalisé 24 000 accompagnements, prouvant l’ampleur du besoin. Les résultats de ces démarches sont encourageants : 87 % des personnes accompagnées se disent plus à l’aise et plus autonomes dans leurs usages numériques. Ces chiffres démontrent qu’un accompagnement personnalisé permet de rendre les individus résilients et de leur garantir une pleine participation à la vie civique et sociale. Dans un contexte où le numérique s’impose partout, assurer l’accès et la maîtrise de ces outils pour tous, et notamment pour les personnes âgées, devient essentiel pour éviter l’aggravation des fractures sociales.
En bref
Au-delà de l’apprentissage technique, les dispositifs d’accompagnement ont pour objectif de rassurer les personnes âgées et de les aider à gagner en confiance et en autonomie face aux outils numériques. Il est primordial de leur apprendre les bonnes pratiques pour lutter contre le sentiment d’insécurité. Pour un soutien continu, des plateformes offrent même une assistance à distance. Enfin, une partie essentielle de la solution réside dans la réduction des barrières d’accès. Des efforts d’innovation sont menés pour adapter le Web et les interfaces aux besoins des seniors en situation de handicap. Des projets spécifiques, comme « Adapter pour adopter », œuvrent au développement de services et d’équipements qui rendent les technologies et la santé connectée plus accessibles aux personnes âgées.