Nos aînés sont plus que jamais exposés aux arnaques en ligne. Nos parents et grands-parents utilisent Internet pour rester proches de leurs familles, gérer leurs démarches ou suivre leurs passions. Mais derrière cet usage bienveillant, les cybercriminels, eux, redoublent d’imagination. Faux techniciens, faux conseillers bancaires, fausses urgences familiales : les séniors sont devenus les cibles privilégiées des escrocs du web.
De plus, l’utilisation croissante d’outils basés sur l’intelligence artificielle (IA) a engendré une forte augmentation et une sophistication des fraudes numériques, qui ont bondi de 30 % en France (selon le rapport gouvernemental d’activité sur l’année 2024-2025). Les séniors, souvent moins familiers avec les risques en ligne, sont devenus une cible privilégiée des cybercriminels, notamment par des attaques hyperréalistes exploitant l’IA, les « deepfakes » vocaux (les “deepfakes” sont des médias synthétiques tels que des vidéos, des images ou des sons qui sont créés ou modifiés à l’aide d’une intelligence artificielle pour imiter de manière convaincante des personnes ou des événements réels) et les chatbots pour dérober des millions d’euros. Ces escroqueries ciblent fréquemment les retraités via leurs pensions (Caisse nationale d’assurance vieillesse) en promettant des versements fictifs ou en signalant des problèmes de compte urgents.
Selon une récente étude d’Avast réalisée en France, deux jeunes sur trois s’inquiètent que leurs proches âgés tombent dans une arnaque numérique. Et pour cause : 70 % des seniors cliqueraient sur des liens suspects, 65 % répondraient à des appels inconnus, selon la même étude.
La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) confirme cette tendance : la plupart des fuites de données démarrent par un vol d’identifiants. Chez les seniors, cela passe souvent par des attaques à distance — un appel d’un faux support technique, une fenêtre « Microsoft » qui demande de cliquer — et le pirate prend la main sur l’ordinateur. Résultat : données dérobées, comptes compromis, et souvent un sentiment d’humiliation difficile à digérer.
Apprendre en famille à se protéger
Aider un proche âgé à se protéger en ligne, ce n’est pas une leçon de technologie : c’est une preuve d’attention. Un accompagnement bienveillant, fait de petits gestes simples qui peuvent tout changer.
Voici quelques réflexes à partager :
- Prendre le temps de vérifier les messages suspects : un e-mail étrange, un SMS alarmant ou un appel « d’assistance technique » ? Mieux vaut demander conseil avant de cliquer. Aucun organisme sérieux — banque, administration, fournisseur — ne demande de mot de passe par téléphone ou e-mail.
- Apprendre à reconnaître les signes d’une arnaque : fautes d’orthographe, ton pressant, promesse trop belle pour être vraie… Autant d’indices qu’il faut fuir.
- Encourager à garder son calme : les escrocs jouent sur l’urgence — « votre compte va être bloqué », « votre ordinateur est infecté ». Le bon réflexe ? Mettre en pause, respirer, et appeler un proche avant d’agir.
- Paramétrer ensemble les appareils : vérifier les mises à jour, activer l’authentification à deux facteurs et installer une solution de sécurité fiable permet d’éviter bien des ennuis.
- Rester en contact régulier : proposer de jeter un œil de temps en temps à leur messagerie ou à leurs paramètres, c’est aussi une manière de les rassurer.
Les études le confirment : dans 86 % des cas, les proches interviennent pour aider un senior victime d’une arnaque. La cybersécurité, c’est avant tout une affaire de solidarité. Et parfois, un simple appel préventif vaut mieux qu’une réparation tardive.
Des outils gratuits pour éviter les arnaques
Pour se protéger au mieux contre les fraudes en ligne, il existe également plusieurs outils simples et gratuits pour aider vos proches et vos aînés à détecter les tentatives de fraude.
- Cybermalveillance.gouv.fr – c’est une plateforme publique française qui aide à identifier et signaler les tentatives de fraude. Elle propose un test d’hameçonnage, un kit de prévention et un service d’assistance en cas d’attaque.
- Signal Spam – c’est un service collaboratif permettant de signaler les e-mails frauduleux directement depuis sa boîte de réception pour aider à bloquer les expéditeurs malveillants.
- Un vérificateur de liens tel que Nord VPN par exemple – c’est une extension gratuite qui vérifie les liens avant de cliquer, et affiche une alerte si le site semble frauduleux. Idéal pour éviter les faux sites de banque, de livraison ou d’assistance technique.
Les escrocs utilisent l’IA pour rendre leurs attaques plus crédibles. Le hameçonnage (phishing) par IA, responsable de 35 % des fraudes recensées par la MACSF et Reuters selon des données récentes, permet de générer des courriels frauduleux ultra-convaincants, sans fautes apparentes et au ton administratif, comme de fausses notifications de « Revalorisation de votre pension CNAV ». Une fois les données de seniors collectées, souvent via les réseaux sociaux, un lien mène à un site officiel cloné où les victimes, en entrant leurs identifiants, se les font voler. Ce vol est souvent suivi d’un appel d’un faux conseiller demandant de confirmer des coordonnées bancaires. De même, des faux supports techniques apparaissent sous forme de pop-up alarmants sur internet. Un chatbot prend le contact en se faisant passer pour un agent de l’Assurance Retraite, avant de transférer la conversation à un escroc réel qui demande un accès à distance à l’ordinateur pour voler les données ou effectuer des virements.
Une des techniques les plus troublantes est l’utilisation des deepfakes vocaux pour l’escroquerie personnalisée. Les fraudeurs clonent la voix d’un proche, par exemple une petite-fille en détresse, après avoir capturé une courte séquence vocale, et envoient un message vocal d’urgence par WhatsApp pour demander un transfert d’argent immédiat. D’autres escroqueries impliquent des vidéos truquées (deepfakes faciaux) où un faux membre de la famille ou une célébrité implore une aide financière. Enfin, l’arnaque à la fausse offre d’emploi cible les seniors par SMS ou WhatsApp en proposant des missions à domicile bien rémunérées. Après avoir mis en confiance la victime, l’escroc lui demande d’investir de l’argent dans une « cagnotte » pour obtenir de nouvelles tâches, argent qui n’est jamais récupéré.
En bref
Pour se protéger de ces pièges, il est essentiel de développer des réflexes de prudence. Il ne faut jamais cliquer sur des liens suspects, ni effectuer de virement ou de paiement sur la base d’un simple appel ou message. Les organismes officiels (banques, administration, CNAV) ne demandent jamais d’identifiants, de RIB ou d’accès à distance. En cas de message ou d’appel urgent, le réflexe est de raccrocher et de rappeler le proche ou l’organisme directement via son numéro habituel ou officiel (par exemple le 3960 pour la CNAV). L’activation de l’authentification à deux facteurs (2FA) et l’utilisation d’antivirus avec protection anti-hameçonnage sont également des mesures de prévention efficaces. En cas de doute ou de perte financière, il est conseillé de contacter les plateformes d’assistance comme Info Escroqueries (0 805 805 817) ou le 3018 pour une assistance numérique.
Finalement, protéger les séniors, ce n’est pas leur parler de menaces : c’est leur redonner les clés de leur liberté numérique. Quelques gestes simples, un peu de bon sens et les bons outils suffisent souvent à déjouer les escrocs. Et c’est comme ça que la cybersécurité peut devenir une histoire de lien, une manière de rester connecter à ses aînés sans les bousculer.